Les voyages de Danae au Sahara, en Asie et ailleurs

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Tassili n’Ajjer (9) un martien sur les murs de Séfar

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 17 mars, 2008 @ 8:58

coucher de soleil sur séfar     grand dieu aux orantes

Nous arrivons à Séfar pour le déjeuner. Les chameaux s’éparpillent à la recherche d’une maigre pâture. Un targui casse du bois comme aux temps anciens avec une grosse pierre. Djébrine, assis dans une posture de vieux patriarche examine attentivement le livre de Lhote qu’une voyageuse a apporté. Il est extrêmement fier de s’y voir en photo et, entouré de touareg agenouillés près de lui, il discute ferme les endroits des nombreux sites représentés. 

Comme nous retirons une épine du pied d’un des nôtres et que l’opération délicate dure, nos guides viennent prendre leur tour pour se faire soigner soit un orteil infecté, soit une piqûre enflammée et jamais distribution de mercurochrome sur des jambes brunes n’a produit autant de sourires épanouis.

Séfar est un tel chaos de rochers qu’on croirait voir une véritable ville avec ses labyrinthes de rues et ses monuments. Sur les murs aux étranges déchirures de ciel bleu de nombreuses scènes d’une grande diversité sont représentées : pasteurs conduisant leurs bœufs pour l’éternité, minuscules archers en position de tir, rare chien domestiqué, négresse masquée et petites femmes aux multiples scarifications, barque semblable à certaines barques d’Egypte prouvant assurément l’existence de l’eau autrefois, antilope blanche et personnages luttant de style archaïque, diablotins incompréhensibles sortis d’on ne sait quelle antre, caricature aux rouflaquettes en minijupe et cheveux longs d’une provenance bien mystérieuse, sans parler du french cancan d’autrefois et surtout du « martien » ! En effet, un surplomb abrite la fresque dite du « grand Dieu aux orantes » figure haute de six mètres ressemblant à un être vêtu d’un scaphandre d’espace. C’est en se basant sur des représentations de ce genre que des esprits imaginatifs tendent à supposer le passage sur terre, à une certaine époque, d’astronautes venus d’autres planètes et qui auraient été considérés comme des dieux.. 

De lumineux bouquets émaillent d’une touche jaune les creux de rochers. Une mosquée targui des plus sobres est dessinée sur le sol, simple quadrilatère de cailloux. Nous étanchons notre soif à la guelta de Séfar malgré des moues réprobatrices à tort de certains. L’eau est verte, immobile, prisonnière d’une vasque rocheuse cernée de lauriers roses. Nous choisissons ce lieu pour y bivouaquer ce soir dans l’espoir secret d’y rencontrer quelque animal venant s’y désaltérer , mais rien ne viendra troubler notre sommeil. 

Réunis autour du feu, nous prenons conscience à la lumière orangée des flammes que nous en sommes à la période décadente des nez rouges ! Nous écoutons la simple histoire de ces hommes inséparables de leurs chameaux qui marchent une vie entière dans le désert transportant inlassablement des charges de sel qu’ils troquent contre du mil et des dattes. Nous méditons longuement puis chacun s’éloigne où bon gré lui semble, creusant son trou dans le sable, avant de s’endormir dans la paix d’une nuit saharienne. 

Tassili n’Ajjer (8) de prodigieuses peintures rupestres

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 14 mars, 2008 @ 9:03

ruelles de Sefar  peintures rupestres

silex et pointes de flêches

Au petit matin frissonnant nous découvrons avec joie les chameaux arrivés près de notre camp grâce à un long détour par un col plus facile que celui de Tafelalet. Ils vont transporter tout notre matériel pour deux jours. En effet, nous partons pour Séfar, un haut lieu de la préhistoire Parmi les rocs éboulés, les abris, sous les roches en surplomb, ce ne sont que grottes à peintures, vestiges d’une ancienne civilisation et nous nous apprêtons religieusement à déchiffrer les messages du passé. A leur pied nous découvrons tout un artisanat préhistorique, broyeurs, percuteurs, nucléus, pointes de flèches et même une meule qui pèse au moins cinquante kilos.

  Notre caravane bruissante s’étire derrière Djébrine qui ne permet pas qu’on le dépasse et menace de son bâton ceux qui oseraient commettre un tel sacrilège. 

Nous longeons le fond d’un canyon encore dans l’ombre, défilé inquiétant évoquant le terrible coupe-gorge où furent massacrés les membres de la mission Flatters. De hautes colonne de quatre-vingts à cent mètres de haut font penser aux ruines d’une cité médiévale avec ses donjons, ses flèches d’églises, ses porches de cathédrales. Le soleil surgit au-dessus de l’horizon et dessine sur le sable des ombres d’un bleu transparent. Le vent chante dans les cannelures d’étranges orgues de pierre et agite les touffes vert tendre du drinn. Nous flânons merveilleusement contournant de gros bouquets d’herbes piquantes aux délicates fleurs violettes au nom savant d’artémisia judaïca et que je nomme l’herbe à chameaux, suçant un brin de fenouil sauvage ou humant certaines plantes odoriférantes. Il suffirait d’un peu de pluie pour que des milliers de fleurs surgissent en l’espace de quelques heures, miracle de la vie dans le désert. 

 

A In Itina, nous découvrons les premières peintures, des chameaux peints en ocre rouge et des tifinaghs, peintures de facture presque récente, puisque le chameau a été introduit par les arabes au début de l’assèchement du Sahara. Sans parler d’une époque très lointaine où le Sahara était peut-être recouvert par les eaux de la mer, le désert ne fut pas toujours tel que nous le connaissons. Il fut un temps où des arbres de belle venue étendaient leurs ombres sur un pays peuplé de races diverses et hanté par des animaux de grande taille. Le sol saharien se prête mal à la conservation des fossiles et nous ignorerions à peu près tout de ces populations et de cette faune aujourd’hui disparues sans les peintures et gravures rupestres.

  

Tassili n’Ajjer (7) un col où les chameaux trépassent

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 11 mars, 2008 @ 9:37

Djébrine  au pied de l'akba

                 Le vieux Djébrine                                                            Au pied de l’akba

Nous changeons de décor et partons à l’aube pour une randonnée de plusieurs jours à travers le désert de pierres du Tassili. Une piste difficile nous mène jusqu’au pied de la première akba. Nous manquons nous ensabler de nombreuses fois et devons pousser le véhicule lourdement chargé lorsque la côte est trop dure. A partir de cet endroit, il faut monter à pied car se dresse devant nous une barrière de sept cents mètres de hauteur qu’il va nous falloir franchir. 

Le col de Tafelalet est réputé comme le plus dur raidillon du Tassili à tel point que les chameaux crèvent en route et la preuve en est que nous y avons rencontré quelques ossements  Deux jeunes touareg arriment solidement les bagages sur le dos de petits ânes qui attendent entravés le départ. Nous les précédons sur le sentier rocailleux qui grimpe allègrement vers les rochers dolomitiques. N’est-ce point là-haut le domaine des djénouns, ces esprits malins qui hantent les lieux désolés ? Entre la deuxième et la troisième akba, nous marchons vers un mur impressionnant dans une ombre violette, alors que les cimes teintes en rouge au pinceau du soleil éclatent de luminosité.

   Le passage devient plus escarpé, plus resserré, plus vertigineux et le groupe insolite que nous formons offre un spectacle pittoresque car si certains sont décontractés, d’autres le sont beaucoup moins fermant les yeux pour ne pas voir le vide. 

Nous atteignons enfin le haut du plateau et parcourons une interminable étendue plate recouverte de cailloux noirs, le reg, avant de découvrir au loin une forêt de colonnes et de petites tentes blanches auprès, oh surprise, d’un cyprès millénaire.

 

Au camp de Tamrit, à mille sept cents mètres d’altitude, le vieux Djébrine âgé de près de quatre-vingts ans nous salue amicalement en inclinant son corps de deux mètres de haut et touchant le bout de nos doigts en disant « labès ». Il a la peau blanche, le poil roux, l’œil d’un vieux renard, la réputation d’avoir été dans son jeune temps le plus grand coureur de jupons du Tassili. C’est un marcheur infatigable connaissant par cœur tous les recoins de son pays ayant servi de guide à toutes les expéditions. 

Sur des centaines de kilomètres carrés le plateau de Tamrit n’est qu’un vaste chaos d’aiguilles qui plantent leurs pointes au vif de la chair du ciel. Un monde minéral est là, sculpté par on ne sait quelle main délirante. Tapie dans l’ombre des grands rochers fauves, une guelta reflète le ciel bleu et l’ocre des pierres. La roche patinée par des siècles de soleil prend la couleur de l’or à cette heure crépusculaire. 

Une pauvre chèvre broutait un matin derrière notre zériba, elle fut décapitée un soir, liée par les pattes sur le dos de l’âne, boucanée trois jours durant par le soleil et enfin dégustée dans une chorba bien relevée. 

Nous terminons les soirées serrés frileusement autour d’un feu de camp sous la voûte céleste. Le bois de cyprès pétille en s’enflammant. L’heure embaume. C’est l’heure des poésies dans l’envoûtement mystique du désert. 

Tassili n’Ajjer (6) du blé grâce à l’eau tombée sous Charlemagne

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 8 mars, 2008 @ 3:46

noria

Les cris des ânes et des chèvres se mêlent à la plainte des norias . Par ce système archaïque, l’eau est tirée du puits à l’aide de zébus actionnant une poulie en bois . Il faut environ douze cents ans pour que la nappe d’eau se renouvelle et l’eau bue de nos jours viendrait donc des pluies tombées sous Charlemagne ! Elle irrigue les jardins et grâce à elle, petits pois, tomates, radis, épis de blé poussent miraculeusement dans le sable du désert Ces cultures exigent un gros travail de la part des jardiniers, le soleil incite à la paresse et ce dernier limitera sa production à ses besoins les plus modestes sans chercher à l’augmenter.  

L’oued Edjériou coule généreusement au milieu de la palmeraie, s’étale en petits lacs recouverts de verdure et de roseaux dignes des tableaux de Gauguin ou du Douanier Rousseau, où se mirent palmiers, murs blancs, rochers, falaises, gandouras bleues jaunes ou violettes dans le coassement incessant des grenouilles. 

« EAU, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme. 

On ne peut pas te définir. On te goûte sans te connaître. 

Tu n’es pas nécessaire à la vie. 

Tu es la VIE. »    a dit  Saint Exupery. 

« Cette eau, le Petit Prince la boit les yeux fermés. C’était doux comme une fête, cette eau. C’était bien autre chose qu’un aliment. Elle était bonne pour le cœur. » 

Notre restaurant auprès de Fort Charlet est construit sur la hauteur et nous dominons la palmeraie et nos zéribas de près de cinquante mètres. Nous allons devoir marcher longuement sur le plateau tassilien et la montée du raide escalier pour se rendre au restaurant trois fois par jour va nous servir de sérieux entraînement !

Tassili n’Ajjer (5) le palmier roi des jardins

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 6 mars, 2008 @ 2:37

la palmeraie

     paysage serein

 La pyramide hiératique, imposante du Tin Beur domine la palmeraie, immuable et changeante beauté, immuable  dans ses formes et changeante par le jeu de la lumière.

C’est ahurissant le nombre d’utilisations du palmier, cet arbre qui fournit des dattes dont on écrase les noyaux pour les animaux, sa sève breuvage enivrant, sa bourre qui devient corde, ses palmes coupées qui servent de combustible, de toitures, de haies ou pour nous de chasse-mouches. Le tronc est utilisé en tant que bois, ses épines comme épingles et ses feuilles pour la confection de pièces de vannerie

La chaleur est accablante et nous nous jetons à l’ombre fraîche d’un arbre. Des guerbas, outres en peau de bouc, y sont suspendues et contiennent l’eau récoltée dans une guelta, de la délicieuse eau aux crottes de chameaux, aux poils de chèvre, au sable, aux herbes, aux larves de coléoptères et autres bestioles diverses. Mais quand la soif vous tenaille on passe au-dessus tous ces petits inconvénients auxquels il faut ajouter un fort goût de chèvre et de beurre rance !

. Un groupe de trois femmes avancent majestueusement une corbeille sur la tête dans l’or du soleil couchant. Elles rient de nous découvrir cachés derrière une haie de palmes sèches

 

Proverbes touaregs

Classé dans : citations — 29 février, 2008 @ 8:44

 desert 

Je vous offre ces proverbes

tirés de la sagesse  populaire touarègue à méditer.

-   La force se trouve dans nos racines

-  Quand on commence par le dialogue on aboutit à une solution

-   Repousse l’obscurité et déplace toi librement dans la lumière

-  Si Dieu est pour nous qui sera contre nous

-  On entend le fracas des arbres qui tombent, mais pas le murmure de la forêt qui pousse

-  Au bout de la patience il y a le ciel

-  Il n’y a pas qu’un jour, demain aussi le soleil brillera

-  Le monde est du côté de celui qui est debout

-  L’arbre ne s’élève qu’en enfonçant ses racines dans la terre nourricière

-  Un peuple sans culture, c’est comme un homme sans paroles

-  Quelle que soit la durée de la nuit, le soleil apparaît toujours

-  Instruire c’est construire

-  Tourne ton visage vers le soleil ainsi l’ombre restera-t-elle derrière toi

-  Le souffle de celui que tu aimes ou qui t’aime rafraîchit l’âme

-   Se cacher dans la parole ? Mieux vaut se cacher dans le silence

-   La tente ne se construit pas avec le mensonge

-  Ton ami d’aujourd’hui sera ton ami dans l’au-delà

-  La bouche a un verrou qui est le silence

-  Mieux vaut passer la nuit avec la colère que de se réveiller avec la haine

-  L’arbre du silence porte les fruits de la paix

-  Le passé prend racine dans l’avenir

-   Il faut creuser les puits aujourd’hui pour étancher les soifs de demain

-   La culture est plus qu’un avoir elle est un être

-   Il vaut mieux se lever sans savoir où l’on va que rester assis sans rien faire …

-   L’ignorance n’instruit pas

-  Qu’importe si le chemin est long, du moment qu’au bout il y a un puits

-  Voyager, c’est aller de soi à soi en passant par les autres

-  Le courage de la goutte d’eau, c’est qu’elle ose tomber dans le désert

-  Celui qui ne connaît pas le silence du désert, ne sait pas ce que c’est le silence

-  Marche toujours en avant de toi-même comme le premier chameau d’une caravane

-  Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens

-   Si loin que nous portent nos pas, ils nous ramènent toujours à nous-mêmes 

-  L’homme a inventé la montre mais Dieu a inventé le temps

-  Mieux vaut se briser la jambe que briser sa parole

-  Beaucoup de paroles, c’est du vent

-  L’amour ne s’achète pas

-  Le véritable combat, c’est d’être en paix avec soi-même

-  La différence entre un jardin et un désert, ce n’est pas l’eau, c’est l’homme

-  Lorsque quelqu’un te blesse tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta      mémoire, mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la    pierre afin que le vent ne l’efface jamais

Certains de ces proverbes sont tirés du site de Souéloum Diagho,  magnifique poète touareg .  

   Et pour terminer, en remerciant Leila de me l’avoir transmis :

  Koud war tetekcher accocadecad    Même si je ne la mange pas, je la déguste
 
Il ne faut pas particulièrement participer à quelque chose pour en savourer les bienfaits. Nous pouvons avoir du plaisir rien qu’en imaginant le plaisir de l’autre. Les rêves ont leur place dans la vie, une vie sans rêve est comme une terre sans pluie. 

                        A voir d’autres proverbes dans les commentaires de cette page
            ainsi que le conte touareg « la souris et le chameau » recueilli par Tellit
 
 

touareg dans le tassili


 

Tassili n’Ajjer (4) un mariage à Azellouaz

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 29 février, 2008 @ 8:42

la mosquée

 Nous avons ouï dire qu’un mariage est en train de se célébrer dans ce dernier village. Le bruit de la fête parvient jusqu’à nous, assez rythmé. Avec notre magnétophone nous l’enregistrons et ne tardons pas à avoir un attroupement d’enfants autour de nous qui écoutent avec béatitude ce que nous retransmettons. Voila le premier contact établi sans trop de peine. 

Une vieille vient retirer de notre présence sa petite fille qui pleure et ne part qu’à regret. Une autre, aux yeux tranchants comme l’acier, vient pousser un youyou strident avant de m’entraîner dans un corridor. Je pénètre dans le lieu de la fête, une cour recouverte de peaux tendues cousues  ensemble sous lesquelles sont assises une quarantaine de femmes dans leurs plus beaux atours, tapant des mains, jouant du tambourin, chantant, criant et s’agitant trois jours durant. Quant à la mariée,  je ne l’ai pas vue ! Le marié, lui, est dans une salle spécialement décorée, au milieu des hommes. Il a apporté à la famille de sa future épouse bijoux, chameaux et chèvres.

Nous retrouvons au dehors les enfants qui nous accompagnent jusqu’au minaret pointu qui domine leur village. Nous en cherchons l’entrée, prenons la fenêtre pour la porte et manquons passer au travers du toit de terre battue ! Un arbre mort reflète sa silhouette décharnée sur le mur blanc. Le soleil règle la vie journalière ponctuée par les heures de la prière que clame le muezzin cinq fois par jour. Chaque village a son cimetière, rangées de pierres acérées au flanc de la falaise rose, surmontées  d’une sorte d’épouvantail en chiffon qui flotte au vent pour chasser les mauvais esprits.

Nous partageons les deux oranges  qui nous restent avec les enfants pendant qu’un petit vient timidement glisser sa main dans la mienne. 

Tassili n’Ajjer (3) passeport pour le ciel : une touffe de cheveux

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 27 février, 2008 @ 7:08

Djanet   enfants de Djanet

Chaque matin, les enfants touareg se rendent à l’école coranique et animent de leurs cris joyeux la grande place. Les garçons disputent une partie de ballon et shootent dans la poussière blanche de la rue. D’autres choisissent de s’asseoir face à face à l’ombre d’un tronc de palmier et disputent d’interminables parties de dames sur le sable avec des pierres pour les pions blancs et des crottes de chameaux pour les pions noirs. De beaux enfants malgré les mouches agglutinées au coin des yeux , assaut qu’ils subissent passivement, spectacle banal sous le ciel d’Afrique. La misère est là mais la joie de vivre se lit dans les yeux noirs malicieux.

Parées de haillons des fillettes jouent à la poupée avec de vrais bébés. Un simple bout de tissu grâce à la noblesse de l’attitude transforme une pauvresse en princesse. Image biblique, une petite fille promène un poulet vivant le tenant par les ailes. Nous rencontrons des bébés intimidés cachés dans les replis de la robe de leur mère et des petits étonnés qui rient de toutes leurs dents blanches Etonnés nous le sommes également par leur différents types de coiffures, cheveux brillants d’huile, nattés ou rasés avec art . La coutume veut qu’on laisse une touffe de cheveux au sommet du crâne des garçons pour qu’Allah puisse les emmener au ciel.

Deux mille deux cents habitants environ se groupent en trois villages autonomes : Adjahil possède la meilleure école coranique, El-Mihan juche sur une colline son ramassis de petites maisons cubiques aux murs de pisé blanc écrasés de soleil, Azellouaz est arabe et surtout senoussiste. C’est la moins francisée des trois agglomérations indigènes et le berceau de l’assassin du Père de Foucauld.

Tassili n’Ajjer (2) ici règne le matriarcat

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 26 février, 2008 @ 9:04

     fillettes de Djanet   l'âne devant la zeriba 

A l’approche des villages, nous ouvrons nos yeux le plus grand possible malgré le sable et le vent, pour découvrir ces horizons nouveaux. De hauts palmiers bruissant du chant des grillons entourent les zéribas dorées, ces huttes en roseaux prêtes à nous accueillir. Paris nous semble bien loin, à quelques trois mille kilomètres d’ici !

 Quel confort, un lit, une table, des clous pour suspendre la serviette de toilette ou la glace et de jolies tentures tissées rouges et vertes. Mais aussi quel dommage de penser que nos zéribas brûleront quelques mois plus tard à la suite d’un court-circuit dans l’installation électrique provoqué, oh ironie, par les inondations –il ne pleut pourtant ici que deux ou trois jours par an ! -

Les habitants des Ajjers se divisent en deux groupes : les sédentaires dont la vie se déroule à l’abri naturel des oasis et les nomades dont les caravanes parcourent sans cesse le Tassili et vivent de produits d’échange et de l’élevage des bêtes.

Ce fier targui au regard mystérieux portant autour du cou nombre d’amulettes, a-t-il oublié les rezzou pour n’être plus qu’un  paisible pasteur de chameaux ?

 Un vieil homme marche aux côtés d’un petit âne de velours gris, cachant sa  barbiche blanche dans les replis de son chèche.  Ici, le tailleur confectionne sarrouels et gandouras. Là, le forgeron fabrique des poinçons pour percer la narine du chameau mais  aussi des bijoux et veut nous vendre serpents et scorpions en cuivre ciselé à défaut des vrais qui pullulent paraît-il en été .

La religion musulmane interdit aux femmes de se faire photographier. Dès qu’elles nous aperçoivent, elle se cachent le visage , relèvent un pan de leur voile ou fuient à notre approche, même une petite fille espiègle court se cacher derrière un palmier. Les jeunes sont très jolies, semblables dans leurs robes fleuries à des papillons multicolores.

Outre les occupations domestiques les soins aux enfants et aux jardins, les touarègues exécutent des travaux de vannerie ou de couture. Elles transportent avec beaucoup d’allure des fagots dans leur panier d’osier, des seaux d’eau en équilibre sur la tête et des bébés complètement nus sur les bras, vêtus seulement d’un petit tricorne en guise de chapeau.

Au Sahara règne le matriarcat, c’est-à-dire que les femmes donnent leur nom aux enfants et exercent une autorité prépondérante dans la famille.

Tassili n’Ajjer (1/16) voyage à Djanet en 1966

Classé dans : ALGERIE TASSILI — 24 février, 2008 @ 10:54

l'arabe et sa théière      touareg à l'arrivée de l'avion

Le Tassili n’Ajjer est un massif montagneux situé dans l’extrême sud algérien, non loin de la Libye, en plein cœur du Sahara et habité par les touareg Ajjer. Le nom « Ajjer » a son origine dans l’antiquité et désignait alors une horde de brigands.

Après de nombreux combats, la première pénétration a lieu le 19 janvier 1905 : cent cinquante méharistes français entrent à Djanet mais les notables sont volontairement absents. En 1933, le lieutenant Brenans y découvre des sites préhistoriques d’un grand intérêt. En 1956, Henri Lhote en entreprend le relevé. 

Un coup d’œil à ma montre, trois heures déjà que le nez collé au hublot, nous scrutons ce grand corps exsangue abandonné à la morsure d’un soleil implacable qui, depuis longtemps, a aspiré jusqu’à la dernière goutte de sang de ses artères.

Quand le désert s’offre à nous sans repères, nous avons l’impression de flotter immobiles, suspendus entre terre et ciel, dans l’atmosphère surchauffée, s’il n’y avait le vrombissement rassurant du vieux DC 4, le robuste taxi poussiéreux du Sahara.

Nous avons hâte de voir battre le cœur du Tassili, ce cœur pudiquement blotti à l’abri de hautes murailles, à l’ombre de mille palmiers, dans la fraîcheur des jardins. Retrouver la vie autour du point d’eau et faire ressurgir du passé les scènes qu’ont si bien représentées les artistes de la préhistoire.

Nos yeux s’accrochent, enivrés de lumière, à l’ombre minuscule d’un avion qui effleure le tapis fauve, obstinément tendu vers un but qui nous remplit d’espoir : l’oasis de Djanet.

Puis les courbes molles des dunes roses de l’erg d’Admer s’estompent tandis que nous longeons la barrière tassilienne de grès qui tombe de sept cents mètres à pic sur les sables dorés. Tout à coup, nous découvrons la tache verte d’une immense palmeraie et un à un les trois villages de Djanet plantés au milieu des rochers qui nous font crier d’enthousiasme.

A mille quatre-vingt-quatorze mètres d’altitude, sertie au creux des montagnes qui l’entourent, l’oasis avec ses trente mille palmiers et ses deux cents points d’eau est sans conteste le joyau du Tassili. Son nom signifie « jardin » par excellence  le « paradis ». On l’appelle aussi Djanet la généreuse. C’est la plus belle oasis du monde.

Nous atterrissons dans un éblouissement de lumière et de joie, dévorant du regard nos premiers touareg. Ils sont six, parés de grandes robes aux couleurs harmonieuses et font une haie d’honneur à notre arrivée Nous les trouvons fort beaux et pourtant que voyons-nous de leurs visages ? Un arabe fait l’objet de notre étonnement, il débarque avec pour unique bagage et bien le plus précieux, sa théière à la main.

Secoués, éventés, tassés debout dans la Land-Rover, accrochés aux sacs et colis qui manquent verser à chaque tournant, nous roulons très sportivement sur la piste qui va de l’aérodrome à Djanet, en soulevant des nuages de poussière ocre.

 

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