Les voyages de Danae au Sahara, en Asie et ailleurs

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Archive pour la catégorie 'TCHAD TIBESTI'

Tchad Tibesti, le trou au natron

Posté : 21 juillet, 2015 @ 7:26 dans TCHAD TIBESTI | 13 commentaires »

Au pied du Toussidé, le trou au natron, à 2350 mètres d’altitude, sur la route la plus haute du Sahara, est l’un des phénomènes volcaniques le plus surprenant du Sahara,

trou au natron

sept cents mètres de profondeur, six kilomètres de diamètre, cratère d’explosion et d’effondrement de trente kilomètres cube de volume. Le pic Toussidé est un volcan situé à l’extrémité orientale du massif du Tibesti, il culmine à 3 265 mètres d’altitude.

trou_A l'arrière plan le Toussidé 3315m

Je vous ai déjà parlé de cet endroit mais j’ai un ami qui en a rapporté de nouvelles photos que je suis heureuse de vous montrer. 

Trou En descendant dans le trou du natron

pendant la descente

 Entre les parois de basalte sombre s’enchâsse un tapis cristallin de carbonate de soude boursouflé par trois petits cônes éruptifs, le plus haut de ces cônes mesure deux cents mètres de hauteur. 

trou_ Squelette d'un âne sauvage du Trou du Natron

squelette d’un âne sauvage

Par un sentier suspendu au-dessus du précipice, passant de coulées de lave à champs de cendres pétrifiées, les tédas mènent leurs chèvres faire une cure de natron.

trou (5)

On peut bivouaquer au fond du trou et au réveil surprendre des mouflons dans un cadre fantastique. Il faut une bonne journée pour y descendre et en remonter par un chemin vertigineux et scabreux. La descente demande deux heures trente, la remontée trois heures. A mi-pente, on visite au passage une mine d’obsidienne. 

trou (3)

trou (2)

 

Au Tibesti (18) une fin dramatique

Posté : 14 juin, 2008 @ 7:11 dans TCHAD TIBESTI | 10 commentaires »

La guerre a continué entre Toubous et Saras. 

Cinq jours après notre venue, le chef de village que nous avions reçu à notre table, qui nous avait offert la bassine de dattes, que nous avions transporté toute une journée dans les Dodges, assassine les militaires du poste d’Aozou. Pour ce faire, il s’approche des jeunes Saras, qui sans méfiance jouent à la pétanque, sort une mitraillette des replis de son burnous et les abat sans pitié. Puis il brandit son couteau, leur tranche la gorge et expose les sept têtes coupées sur des lances à l’entrée du village. 

Alors Fort Lamy envoie un peloton de trente gendarmes tchadiens qui se trouvent bloqués au bout de cette piste tracée par la colonne Leclerc en 1941. Les Toubous tiennent les crêtes qui dominent la vallée. Il faut un appui de la France pour réduire la dissidence. 

Le groupe de touristes que nous formions a été le premier et le dernier à visiter Bardaï à cette période. C’était mon ami, Gabriel Osmont, l’organisateur du voyage, qui avait installé ce campement, fait monter les zéribas, les tentes diverses pour les commodités, creuser un puits, instauré un jardinet pour faire pousser quelques légumes, amené des véhicules et ainsi donner du travail à quelques oasiens. Nous n’y sommes plus retournés, c’était devenu trop dangereux et il a tout perdu .  En 1974, soit six ans plus tard, un groupe de rebelles dirigé par Hissène Habré attaque  Bardaï et prend en otage Françoise Claustre, archéologue française qui sera détenue jusqu’en 1977.

 

Au Tibesti (17) des souvenirs piquants

Posté : 12 juin, 2008 @ 6:52 dans TCHAD TIBESTI | 2 commentaires »

coucher de soleil

Pour le dernier jour à Bardaï, le cinéaste de la troupe, afin de terminer son film, convoque deux chameaux pour la parade, qu’il fera passer plusieurs fois devant sa caméra pour représenter toute une caravane ! Les Toubous ont recherché leurs plus beaux animaux et les ont parés de magnifiques couvertures colorées. Sur un fond de ciel bleu et de roches rouges, l’effet est saisissant !

Un bruit de moteur dans le ciel. Le petit avion bleu est fidèle au rendez-vous

Sentant notre départ proche, groupées à l’entrée du camp, les femmes essayent de nous vendre des couteaux, des calebasses, des croix du sud en argent. C’est une véritable sagaie d’autrefois que j’acquiers, barbelée et encore pleine de sable car elle a été enterrée avec le grand-père à qui elle a appartenu. Je vais enfin pouvoir réaliser un vieux rêve, celui de débarquer à Orly sagaie au poing sans me douter que si elle avait été empoisonnée, j’aurais mis en danger la vie de ma petite fille qui s’empalera la main dessus ultérieurement ! 

Dernier tam-tam, dernières danses. Pour le dîner d’adieu, nous invitons le sous-préfet et Edeye est allé acheter la chèvre la plus grasse. Puis-je dire sans malice qu’un tendre méchoui se prépare. 

L’un des nôtres a la mauvaise fortune de marcher pieds nus sur un scorpion. Comme l’accident concorde avec l’arrivée du sous-préfet, ce dernier lui offre complaisamment sa voiture pour l’emmener à l’infirmerie où il subit avec stoïcisme un vaccin inoculé à l’aide d’une seringue à l’aiguille en tire-bouchon alors qu’au camp nous avons tout ce qu’il faut, seulement nous ne voulons pas vexer monsieur le sous-préfet. 

Cet important personnage a une bonne figure réjouie, intelligente et sympathique. Il fait beaucoup pour le pays obligeant les habitants à cultiver les jardins, à entretenir la palmeraie, à nettoyer leurs cases, envisageant même d’installer des éoliennes pour puiser l’eau, cette eau qui existe en nappe importante à une faible profondeur et qui est la richesse de l’oasis

 

Au Tibesti (16) le trou au natron un spectacle surprenant

Posté : 10 juin, 2008 @ 7:21 dans TCHAD TIBESTI | 6 commentaires »

trou au natron

Nous partons avec les Dodges pour le « trou au natron » sur la route de Zouar. Nous dépassons Gonoa et traversons de nombreux enneris sur les rives desquels se trouvent quelques gravures. 

Croisant des caravanes avançant au pas lent de leurs chameaux, accompagnées de petits ânes, sur cette même piste où nous roulons relativement sans peine, nous ressentons profondément ce contraste. De nos jours le chameau a fait place aux camions qui sillonnent les pistes sahariennes, ce qui diminue le gain des Toubous dont la principale ressource était la caravane. 

Au pied du Toussidé, le trou au natron est l’un des phénomènes volcaniques le plus surprenant du Sahara, sept cents mètres de profondeur, six kilomètres de diamètre, cratère d’explosion et d’effondrement de trente kilomètres cube de volume. Entre les parois de basalte sombre s’enchâsse un tapis cristallin de carbonate de soude boursouflé par trois petits cônes éruptifs, le plus haut de ces cônes mesure deux cents mètres de hauteur. Par un sentier suspendu au-dessus du précipice, les tédas mènent leurs chèvres faire une cure de natron. On peut bivouaquer au fond du trou et au réveil surprendre des mouflons dans un cadre fantastique. La descente demande deux heures trente, la remontée trois heures. A mi-pente, on visite au passage une mine d’obsidienne. 

Nous sommes à 2350 mètres d’altitude, sur la route la plus haute du Sahara Il fait un froid qui nous oblige à nous calfeutrer sous plusieurs duvets. Le vent violent déchaîne un tourbillon de sable qui s’élève en volute jusqu’à une vingtaine de mètres de haut, comme une fumée. Les pierres volcaniques sont d’une légèreté telle que nous prenons un film de ma personne soulevant d’énormes blocs sans difficulté. 

 

Au Tibesti (15) Aozou la palmeraie du bout du monde

Posté : 6 juin, 2008 @ 7:54 dans TCHAD TIBESTI | 4 commentaires »

danse des femmes   reflets dans une mare

 

Après cette journée passée dans un monde minéral, nous sommes stupéfaits de découvrir une palmeraie encastrée au milieu des montagnes. Nous avons mis huit heures pour parcourir quatre-vingt-seize kilomètres, ce qui donne une moyenne triomphale de douze kilomètres à l’heure. 

Nous arrivons juste assez tôt avant la nuit pour apprécier les bienfaits de la source chaude en nous ébattant dans une piscine abritée par les palmiers, où transparaissent des fonds de mousse verte. C’est un bassin qui a été creusé par les fameux légionnaires pour se délasser des durs travaux de construction de la piste. Le poste d’Aozou est gardé par des jeunes noirs sympathiques et accueillants. Il est entouré de jardins à blé et d’une cressonnière. Une petite mare limpide renvoie l’image du cadre enchanteur et exotique. 

Tant nous sommes fatigués, nous pouvons à peine ouvrir les yeux le temps du dîner préparé par Edeye à l’intérieur de la case de passage où il a allumé un feu. Les petits enfants du pays nous entourent attendant les restes. Ils aimeraient habiter à Bardaï parce qu’ »il y a des boutiques »". Ils voudraient savoir, eux qui n’ont qu’une seule bicyclette pour tout le village, combien il y en a en France ? Est-ce deux mille cinq cents ou cinq mille ? Chacun choisit son emplacement pour dormir. 

A sept heures du matin, nous allons à pied vers des villages retirés, celui déshérité de Tidémi qui s’étale au pied d’une sévère montagne d’éboulis et celui de  Moya niché dans un décor fantastique de pans de roches dressées vers le ciel. Des palmiers se découpent sur la blancheur du sol natronné. Des arbustes ont un feuillage léger qui a le goût de sel. 

De retour à Aozou, nous déjeunons avec appétit. Le chef du village nous offre une cuvette en émail remplie de dattes broyées avec les noyaux. C’est un cadeau royal. La part que nous prenons pour notre dessert équivaut à la part que les Toubous prennent pour toute une journée. Nous succombons à une petite sieste tant il fait chaud. Nous allons ensuite vers le village proche de Kara aux cases disséminées au milieu des rochers, village qui a la particularité d’être vidé de ses habitants et spécialement des hommes qui sont, soit aux pâturages, soit dans le maquis. 

Nous assistons à un coucher de soleil sensationnel derrière les palmiers et retrouvons le camp égayé en notre honneur par les danses des femmes aux vêtements chamarrés d’or. Nous distribuons des cadeaux et dormons étendus sur des coussins autour du feu pendant la lente cuisson du méchoui, jusqu’à ce qu’un coup de feu tiré nous éveille. Ce qui arrêta net les danses. L’instituteur et le chef du village sont cette fois nos invités. La chèvre est immangeable tant elle est dure, l’eau pleine de sable a la couleur du thé. J’ai un tel coup de pompe avec une angine qui se déclare que j’en abandonne le dessert pour aller me coucher à tâtons car la pile de ma lampe de poche est usée. Sortant de la cahute, un gosse m’agrippe par le bras : « dis, Madame, il en reste de la viande ? ». 

La journée suivante est consacrée au retour à Bardaï. Tôt le matin nous quittons Aozou sans oublier de remplir nos bidons d’eau au puits. David revient avec nous et sa mitraillette dont prudents nous ôtons le chargeur. Nous déjeunons à mi-chemin, au puits de Tirenno. Les voitures dans ces chemins impossibles sont plutôt malmenées, les passagers également. L’un des Dodge chauffe, l’eau bout dans le moteur, l’autre fonce trop vite, casse une lame de ressorts. A chaque instant nous manquons verser dans le fossé. Nous soupirons d’aise en arrivant à Bardaï. 

Les horizons ont tendance à être brumeux. Le vent de sable n’est pas loin. Dans deux jours l’avion pourra t-il atterrir ? Souffririons-nous de claustrophobie ? 

 

Au Tibesti (14) où les cols riment avec alcools

Posté : 3 juin, 2008 @ 6:40 dans TCHAD TIBESTI | 3 commentaires »

en route vers Aozou avec le Dodge  piste impressionnante avec les cailloux

 

Pour se rendre à Aozou, dernier village avant la frontière libyenne, nous devons escalader successivement quatre cols entre onze et dix- sept cents mètres d’altitude, surnommés ironiquement cols framboise, pastis, whisky, cognac par les légionnaires qui ont ouvert la voie dans un désert de pierres sans seulement une goutte d’eau. Jamais je n’ai parcouru de piste aussi escarpée et vertigineuse. A la vue d’un arbre, nous décidons de déjeuner en compagnie insoupçonnée de quelques scorpions découverts pour le dessert. Pendant trois heures d’affilée nous contournons un magnifique piton rocheux faisant fuir quelques légères et gracieuses gazelles. 

Arrêt au puits de Tirenno, ne serait-ce que pour goûter à son eau magnésienne.

C’est dans l’inconfort qu’il est amusant d’éprouver le bon caractère du voisin. Il est furieux parce que je bouscule sa caméra, il est inquiet pour sa malle qu’on risque de défoncer en s’asseyant dessus, il devient furibond quand on installe des bois morts ramassés en cours de route pour le feu du soir à l’emplacement qu’il occupait ! Seul Edeye reste digne. 

Quelquefois on doit suivre la voiture à pied. Des nomades nous regardent avec curiosité. C’est pas souvent que des voyageurs passent par là ! Avec la fin de la journée, le paysage prend des teintes violettes. 

Un camion militaire sort de la piste étroite pour nous laisser le passage. C’est la petite guerre à Aozou entre les habitants Toubous musulmans et les Saras, représentants du gouvernement tchadien de l’époque, de race noire et chrétiens. Outre la race et la religion qui les opposent, la question de la frontière de Libye et du Tchad située à cet endroit complique la situation. Je comprends maintenant pourquoi nous amenons avec nous David, l’officier de police de Bardaï. Les antagonistes observeront une trêve pour notre venue. 

Au Tibesti (13) une cure thermale toubou

Posté : 31 mai, 2008 @ 6:36 dans TCHAD TIBESTI | 11 commentaires »

haut perchée sur le chameau

 

Soborum est la station thermale Toubou. Vous prenez place dans une minuscule baignoire naturelle où coule de l’eau de source sulfureuse et chaude à quarante-deux degrés et cinq minutes de trempage suffisent à décaper vos cors aux pieds ! Les Toubous y passent trois nuits entières pour se guérir de leurs rhumatismes et dermatoses. 

Des curistes sont là, dans une étrange solitude. Deux femmes avec un bébé, deux chameaux et deux chèvres. Elles n’ont oublié ni la provision d’eau potable indispensable, ni la nourriture : elles égorgent le chevreau sous nos yeux. Leur bébé a les doigts de la main soudés à la paume. Il est tombé dans le feu quand il était petit. Pourquoi les parents ne construisent-ils pas une murette de pierres pour éviter ces accidents trop fréquents ? 

Il nous faut quitter ce lieu où toute vie est bannie et reprendre le long cheminement du retour. Deuxième nuit à Tarso Voon. Aujourd’hui nous n’avons plus rien à découvrir sinon renouveler les quarante-cinq kilomètres, perspective nettement moins enchanteresse qu’à l’aller. 

Me déconsidérant aux yeux des bélas, j’accepte de monter sur un chameau et je peux enfin décontractée jouir du paysage. Mon chamelier me présente un grand seau d’eau. Je crois tout d’abord qu’il va faire boire l’animal, puis je m’aperçois que c’est à moi qu’il l’offre. On ne refuse pas de l’eau dans le désert. Je retrouve terre pour la descente d’une gorge où les chameaux manquent à tout instant se casser les pattes. Ce soir encore nous bivouaquerons sous la voûte étoilée de l’enneri Mossau , au camp I retrouvé. 

Comme à l’habitude, la caravane des voyageurs va devant, l’arrière garde étant formée par les chameaux bâtés. Je fais un bout de route avec Edeye notre cuisinier stylé. Il nous fabrique de bons petits pains frais dans son four à Bardaï. C’est un bon bougre, toujours souriant, s’inquiétant de ma personne . Edeye est mon ami. Si quelqu’un n’est pas gentil avec moi, il dit : « Madame, faut-il casser caillou sur la tête au méchant ? ». S’il fait mal son travail, notre chef le menace : « Edeye, je vais t’envoyer sur la lune ». Cela l’amuse beaucoup. Nous jouons au Toubou, laissant reposer, tout en marchant, nos avant-bras sur une baguette flexible appuyée sur la nuque et les épaules. 

 Un éléphant est gravé sur un bloc avec tant de vie qu’on distingue trois crottes à sa suite . Comment une fleur peut-elle éclore de ce sol rocailleux ? Comment imaginer la violence des crues lors de gros orages capables d’arracher cet arbre entier qui nous barre la route ? 

Nous retrouvons les voitures, la piste cahotante et les caresses d’épineux frôlés de trop près. Heureux nous sommes d’être de retour au camp de Bardaï, de déjeuner confortablement même à quatre heures de l’après-midi, de prendre une douche avec un seau d’eau tiédie au soleil et de changer de vêtements. 

Edeye dont un des enfants est fiévreux me réclame les lainages que je lui ai promis, qui tombent on ne peut plus à pic puisque ses gamins de quatre et six ans n’ont rien d’autre qu’un boubou de coton à se mettre sur le dos. 

Au Tibesti (12) d’hallucinantes solfatares

Posté : 27 mai, 2008 @ 6:45 dans TCHAD TIBESTI | 8 commentaires »

Soborum vue d'ensemble  fleur minérale

Lever cinq heures. Petit déjeuner sommaire. On remplace la peau des pieds par du sparadrap. On brûle les buissons pour se réchauffer en attendant d’y voir clair pour partir. 

Le soleil se lève quand nos sportifs, étirés en une longue caravane, atteignent, après une agréable montée à la fraîche, un col à deux mille quatre cents mètres d’altitude. C’est pour aujourd’hui la récompense de tant d’efforts. 

Au sud-est de Bardaï , le volcanisme du Tibesti prouve encore son activité aux sources chaudes ou solfatares de Soborum. Nous descendons sur un doux tapis de cendres jusqu’à un cirque grandiose et sauvage aux parois de couleur jaune soufre et lilas pourpre. Nous marchons derrière le guide Toubou, chacun dans les pas de celui qui nous précède car le sol sonne le creux et peut s’effondrer. Dans une marmite du diable impressionnante bouillonne une boue grise et plombée. Partout s’ouvrent des orifices béants tapissés de cristaux. 

Pénétrant plus avant, nous nous enfonçons au cœur d’un site dantesque, lunaire, hallucinant, fantastique par ses couleurs et sa sauvagerie, d’où fusent des jets de vapeur au milieu des sifflements et des senteurs sulfureuses. De l’eau bout partout à nos pieds et forme des bulles qui viennent crever la surface d’une riche palette d’artiste comportant toute la gamme des verts, des jaunes, des bleus, des mauves et des bruns. La sécheresse a favorisé l’efflorescence des plaques sulfureuses qui prennent alors toutes leurs couleurs. On y voit de minuscules jets d’eau, des lacs laiteux ou émeraudes parsemés de fleurs minérales. 

Au Tibesti (11) menu gazelle sauce au vin

Posté : 24 mai, 2008 @ 6:43 dans TCHAD TIBESTI | 6 commentaires »

Lamaye et son fusil  les bords de l'enneri

 

Le jour se lève quand, quittant les profondeurs de l’enneri, nous mettons pied sur le plateau. Nous devons ce soir camper à la base de la montagne que nous voyons au loin, à quarante-cinq kilomètres de là. Comment vais-je pouvoir marcher dix heures alors qu’au réveil, je ne peux poser seulement le pied par terre, souffrant d’énormes ampoules ? 

Lamaye porte le fusil en prévision des gazelles ou mouflons que nous pourrions rencontrer. 

Le plateau de roches rouges creusé des failles des enneris a été souvent comparé à un glacier de pierre. Ici c’est le pays tout entier qui est fascinant. Partout s’opposent brutalement les teintes, les formes. Le minéral se heurte à la vie. Un proverbe dit : « Dieu distribua ses dons à tous les pays du monde. Il avait oublié le désert, le désert inhumain, alors Dieu lui donna son âme. » 

Nous faisons une petite halte à l’ombre de rochers, allongés sur un terrain crayeux qui nous transforme en mitrons couverts de farine ! Les pauvres chameaux efflanqués sont bien heureux de faire halte eux aussi. On les décharge du déjeuner et des outres en peau de chèvre, qui agitées par l’eau contenue à l’intérieur, semblent reprendre vie. Pour marcher au soleil, il n’est pas conseillé de trop manger. Aucun danger de ce côté ! Nous sont attribués une tartine de pain, une sardine et une orange que nous garderons pour de petits plaisirs incommensurables au long de la piste. 

Nous nous ébranlons tant bien que mal et franchissons un petit col où, soutien moral certain, blanchissent des os de chameaux éparpillés. A nouveau sur le reg, nous rencontrons des nomades. Les plus fatigués montent sur les chameaux. Marcher derrière un chameau est extraordinaire. On croirait qu’il a un radar au bout de chaque patte qui lui permet d’éviter les obstacles. Le rythme est régulier et le pas élastique. Nous nous dirigeons vers le creux d’un immense cratère éteint de huit kilomètres de diamètre, le tarso Voon. De l’autre côté, entre deux pointes rocheuses qui hérissent la crête, se situe Soborum. 

Nous installons le camp II dans un enneri dont le « lit » est comblé de fins cailloux. Dans la lumière dorée du soleil couchant, on libère les bêtes au pâturage et l’on agrémente leur maigre menu de quelques dattes dures, pas de fraîche date ! Partout des pieds sanguinolents sont exposés aux rayons solaires. Dans l’attente du dîner préparé par les Toubous, nous nous entassons les uns près des autres pour avoir plus chaud. La nuit est tombée. Le feu est entouré par trop de personnes, le deuxième rang grelotte. Le riz aux oignons est délicieux. Edeye surveille les resquilleurs possibles. La gazelle sauce au vin est un régal (pauvre bête qui n’a pu échapper à l’adresse de tireur de Lamaye). La préparation du thé est longue et la chaleur du breuvage ne compense pas le froid qui nous pénètre. Enveloppés de deux duvets chacun, nous nous endormons en rêvant à Soborum. 

Au Tibesti (10) 140 kilomètres à pied vers les sources chaudes de Soborum

Posté : 20 mai, 2008 @ 1:19 dans TCHAD TIBESTI | 5 commentaires »

camp 1  chamelier

 

Les Dodges et le camion à toute épreuve de la mission affrontent de rudes pentes et nous mènent avec tous nos bagages à l’entrée de l’enneri Mossa, point de départ pédestre pour les sources chaudes de Soborum. Cinq jours seront nécessaires pour parvenir jusqu’aux sources et en revenir, un parcours de cent quarante kilomètres à pied en plein désert

Vingt-cinq chameaux nous attendent bien que nous n’en ayons commandé que vingt, ce qui donnera lieu à quelques palabres avec le chef des chameliers au sujet du prix demandé.  Nous parviendrons à un accord pour la location des vingt bêtes prévues  uniquement pour porter les bagages et l’eau nécessaires à ce parcours loin de tout , accompagnées de huit hommes .

 

Le chameau du Tibesti est moins grand que celui du Hoggar. Sa robe est plus foncée et son adresse sur le rocher est proverbiale. Il se reconnaît au caveçon surmonté d’un gros anneau de métal qui orne son nez. L’équipement du chameau téda comprend le bât asiatique « basour » encadrant la bosse et différent de la selle de garrot « rhala » des touareg. 

L’installation des charges est une opération toujours longue et délicate. C’est à qui en mettra le moins sur son chameau pour ne pas le fatiguer. Outre les vivres pour cinq jours, nous emportons l’eau, le bois et chose étonnante deux poulettes vivantes qui pondront des œufs frais !

 

Nous partons en avant-garde, longeant la base des falaises roses de l’enneri qui semblent tranchées nettes par le sabre d’un géant. Audacieux « touristes » qui s’élancent d’un pas guilleret pour une promenade de cent quarante kilomètres ! Deux heures plus tard, non sans avoir admiré au passage une rosace découpée dans la paroi basaltique, nous atteignons une cahute de roseaux auprès de laquelle coule une petite source dans un élargissement de l’enneri. Il s’agit, à l’imitation des grandes expéditions himalayennes, du camp I. Les chameaux nous rejoignent. 

Préparation du dîner et du bivouac. Les chameliers nommés bélas sont assis sur des peaux de chèvres, à l’abri du vent, derrière les selles de chameaux disposées en arc de cercle, buvant silencieusement le thé devant les flammes qui dansent, tandis que les parisiens, de loin les plus primitifs, accroupis dans le noir, éventés et bruyants, mangent avec leurs doigts les bribes d’un repas expéditif. 

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