Les voyages de Danae au Sahara, en Asie et ailleurs

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Soeur Basile chez les coupeurs de têtes

Classé dans : PHILIPPINES DIVERS — 1 septembre, 2008 @ 6:56

 mon croquis du musée de Bontoc

J’ai rencontré Sœur Basile dans « son » Museum de Bontoc aux Philippines. Elle a maintenant quatre-vingt-trois ans et semble se porter comme un charme. Ses yeux bleus très clairs, un peu tristes, s’égayent quand elle parle de « ses » Bontoc.

Elle est arrivée ici en 1925 avec une autre sœur. Des religieuses étaient déjà là depuis 1908 et 1911. Elle a dû tout quitter de sa Belgique natale, parents, amis, et promettre de rester sa vie entière dans l’endroit qu’elle avait demandé le plus pauvre, car les religieuses en ce temps là s’engageaient à partir pour toute une vie. Depuis la loi s’est adoucie et elles ont droit de revenir une fois tous les cinq ans.

Elle est donc retournée une fois en Belgique mais ses parents étaient morts sans la revoir (ils avaient heureusement d’autres enfants), ses amis l’avaient oubliée ou ne la reconnaissait pas. Quand elle en rencontrait d’assez âgés, alors elle se disait, peut-être ceux là m’ont connue. Elle, non plus, ne reconnaissait personne et se sentait l’étrangère. Retrouver le monde moderne après avoir vécu si longtemps éloignée, c’était impossible. Il lui fallut vite retourner dans ses montagnes avec les Highlanders de Bontoc, après cinq mois, et décider d’y rester définitivement. Ses neveux et nièces peuvent venir la voir aux Philippines tant qu’ils veulent, mais elle ne reviendra plus jamais en Belgique.

Arrivée à Manille, la première chose fut d’apprendre l’anglais, puis une fois dans les montagnes du nord de Luzon, d’apprendre le dialecte du pays, au contact des gens. Elle avait fait des études d’infirmière et à son arrivée, avant d’essayer d’évangéliser les sauvages, il faut d’abord les soigner. Rude tâche, mais qui permet une approche des villageois qui l’acceptent parmi eux.

 Il lui faut marcher au travers les montagnes pour aller voir des villages éloignés avec un guide du pays. L’étrangère qui se balade sur les sentiers de montagne parmi des gens qui sont habitués à couper les têtes très facilement et s’en glorifient, pourrait avoir peur. Elle n’a pas peur et se sent sous la protection de Dieu. C’est difficile de christianiser ces sauvages et d’effacer leurs croyances ancestrales, alors elle leur fait connaître Jésus comme un dieu de plus à prier et à respecter.

Cette sœur, si paisible, parle des coupeurs de têtes avec bonté en les excusant. Elle est contente au fond d’elle-même si ses Bontoc se battent à coups de hache contre d’autres clans, s’ils gagnent et s’ils ramènent en trophée une tête, c’est qu’ils l’ont méritée ! Et puis les pauvres, il faut bien qu’ils se vengent eux-mêmes car ils ne permettent jamais à la police de régler leurs affaires. « Beaucoup de Japonais ont eu la tête coupée, mais ils n’avaient qu’à rester chez eux et seraient encore en vie, » me dit-elle !

              coupeur de tête autrefois       

Au cours de ses pérégrinations durant des années, elle a pu recueillir beaucoup d’objets qui lui furent donnés en cadeau en remerciement de ses soins. Sa congrégation en Belgique, en ayant reconnu l’intérêt ethnologique, a bien voulu donner les fonds nécessaires à la construction d’un musée selon la forme des maisons traditionnelles du pays, maisons des Ifuagos, sur pilotis avec des rondelles de bois sur les montants pour empêcher les rats de grimper, et toit de chaume descendant très bas. A l’intérieur on y voit des paniers, des objets du culte, des colliers, des costumes, des outils, des instruments de musique ainsi que des têtes ratatinées et surtout des photos anciennes stupéfiantes (un homme embroché comme un cochon sur un bambou avec la tête coupée et porté par deux bons sauvages!).

homme embroché comme un cochon autrefois

J’interroge sœur Basile sur les guérisseurs de la foi, je lui raconte mes rencontres avec ceux-ci, lui parle des opérations qui semblent surnaturelles. Elle-même n’a pas vu mais a rencontré beaucoup de gens qui ont été soignés de cette façon, et après quelque mieux, ces gens sont quand même morts, me dit-elle … ce qui l’a rendue évidemment assez sceptique.

Au contact de ses Bontoc, sœur Basile est devenue très tolérante et indulgente. Elle ne s’étonne plus de rien. Une jeune fille du pays, Antoinette, l’aide dans l’entretien du musée. Le père de celle-ci a été emprisonné pendant plusieurs années pour un crime commis par un autre vieil homme. Pour éviter la prison à cet homme, ce dernier s’est accusé à sa place. Sœur Basile ne semble pas pour le moins horrifiée et dit que c’est une coutume dans le pays ! 

Je la complimente pour ce qu’elle a fait de sa vie. Elle me sourit avec simplicité.

5 commentaires

  1. vink dit :

    Un destin étonnant que celui de Soeur Basile qui a voué sa vie entière aux bonheur des autres ! Magnifique rencontre, Danaé !

  2. Anne Marie dit :

    djoulé Danae
    Tes récits de voyages me font voyager sans sortir ,ils sont si expressifs !
    Merci et beau dimanche .

  3. alicee dit :

    Coucou Danaé, j’espère que tu vas bien, tu as eu beaucoup de chance de rencontrer soeur Basile, une vie aux services des autres en toute simplicité, c’est si rare.
    bisous
    Alice

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  4. nade dit :

    il est des personnes qui ont vraiment une destinée spéciale ! J’admire soeur Basile qui a su dépasser ses propres certitudes pour se fondre parmicette population aux antipodes de notre culture et ainsi pouvoir leur apporter un plus…
    Quelle foi et quel courage! merci pour ce témoignage
    à bientôt Danae Nade

  5. monalisa dit :

    Bonjour Danae,

    moi aussi je complimente soeur Basile et si je pouvais j’aimerais obtenir le remède
    bonne fin de journée
    isabelle

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