Tassili n’Ajjer (8) de prodigieuses peintures rupestres


Au petit matin frissonnant nous découvrons avec joie les chameaux arrivés près de notre camp grâce à un long détour par un col plus facile que celui de Tafelalet. Ils vont transporter tout notre matériel pour deux jours. En effet, nous partons pour Séfar, un haut lieu de la préhistoire Parmi les rocs éboulés, les abris, sous les roches en surplomb, ce ne sont que grottes à peintures, vestiges d’une ancienne civilisation et nous nous apprêtons religieusement à déchiffrer les messages du passé. A leur pied nous découvrons tout un artisanat préhistorique, broyeurs, percuteurs, nucléus, pointes de flèches et même une meule qui pèse au moins cinquante kilos.
Notre caravane bruissante s’étire derrière Djébrine qui ne permet pas qu’on le dépasse et menace de son bâton ceux qui oseraient commettre un tel sacrilège.
Nous longeons le fond d’un canyon encore dans l’ombre, défilé inquiétant évoquant le terrible coupe-gorge où furent massacrés les membres de la mission Flatters. De hautes colonne de quatre-vingts à cent mètres de haut font penser aux ruines d’une cité médiévale avec ses donjons, ses flèches d’églises, ses porches de cathédrales. Le soleil surgit au-dessus de l’horizon et dessine sur le sable des ombres d’un bleu transparent. Le vent chante dans les cannelures d’étranges orgues de pierre et agite les touffes vert tendre du drinn. Nous flânons merveilleusement contournant de gros bouquets d’herbes piquantes aux délicates fleurs violettes au nom savant d’artémisia judaïca et que je nomme l’herbe à chameaux, suçant un brin de fenouil sauvage ou humant certaines plantes odoriférantes. Il suffirait d’un peu de pluie pour que des milliers de fleurs surgissent en l’espace de quelques heures, miracle de la vie dans le désert.
A In Itina, nous découvrons les premières peintures, des chameaux peints en ocre rouge et des tifinaghs, peintures de facture presque récente, puisque le chameau a été introduit par les arabes au début de l’assèchement du Sahara. Sans parler d’une époque très lointaine où le Sahara était peut-être recouvert par les eaux de la mer, le désert ne fut pas toujours tel que nous le connaissons. Il fut un temps où des arbres de belle venue étendaient leurs ombres sur un pays peuplé de races diverses et hanté par des animaux de grande taille. Le sol saharien se prête mal à la conservation des fossiles et nous ignorerions à peu près tout de ces populations et de cette faune aujourd’hui disparues sans les peintures et gravures rupestres.
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