Tassili n’Ajjer (7) un col où les chameaux trépassent

Le vieux Djébrine Au pied de l’akba
Nous changeons de décor et partons à l’aube pour une randonnée de plusieurs jours à travers le désert de pierres du Tassili. Une piste difficile nous mène jusqu’au pied de la première akba. Nous manquons nous ensabler de nombreuses fois et devons pousser le véhicule lourdement chargé lorsque la côte est trop dure. A partir de cet endroit, il faut monter à pied car se dresse devant nous une barrière de sept cents mètres de hauteur qu’il va nous falloir franchir.
Le col de Tafelalet est réputé comme le plus dur raidillon du Tassili à tel point que les chameaux crèvent en route et la preuve en est que nous y avons rencontré quelques ossements Deux jeunes touareg arriment solidement les bagages sur le dos de petits ânes qui attendent entravés le départ. Nous les précédons sur le sentier rocailleux qui grimpe allègrement vers les rochers dolomitiques. N’est-ce point là-haut le domaine des djénouns, ces esprits malins qui hantent les lieux désolés ? Entre la deuxième et la troisième akba, nous marchons vers un mur impressionnant dans une ombre violette, alors que les cimes teintes en rouge au pinceau du soleil éclatent de luminosité.
Le passage devient plus escarpé, plus resserré, plus vertigineux et le groupe insolite que nous formons offre un spectacle pittoresque car si certains sont décontractés, d’autres le sont beaucoup moins fermant les yeux pour ne pas voir le vide.
Nous atteignons enfin le haut du plateau et parcourons une interminable étendue plate recouverte de cailloux noirs, le reg, avant de découvrir au loin une forêt de colonnes et de petites tentes blanches auprès, oh surprise, d’un cyprès millénaire.
Au camp de Tamrit, à mille sept cents mètres d’altitude, le vieux Djébrine âgé de près de quatre-vingts ans nous salue amicalement en inclinant son corps de deux mètres de haut et touchant le bout de nos doigts en disant « labès ». Il a la peau blanche, le poil roux, l’œil d’un vieux renard, la réputation d’avoir été dans son jeune temps le plus grand coureur de jupons du Tassili. C’est un marcheur infatigable connaissant par cœur tous les recoins de son pays ayant servi de guide à toutes les expéditions.
Sur des centaines de kilomètres carrés le plateau de Tamrit n’est qu’un vaste chaos d’aiguilles qui plantent leurs pointes au vif de la chair du ciel. Un monde minéral est là, sculpté par on ne sait quelle main délirante. Tapie dans l’ombre des grands rochers fauves, une guelta reflète le ciel bleu et l’ocre des pierres. La roche patinée par des siècles de soleil prend la couleur de l’or à cette heure crépusculaire.
Une pauvre chèvre broutait un matin derrière notre zériba, elle fut décapitée un soir, liée par les pattes sur le dos de l’âne, boucanée trois jours durant par le soleil et enfin dégustée dans une chorba bien relevée.
Nous terminons les soirées serrés frileusement autour d’un feu de camp sous la voûte céleste. Le bois de cyprès pétille en s’enflammant. L’heure embaume. C’est l’heure des poésies dans l’envoûtement mystique du désert.
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